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Culture

Bongeziwe Mabandla, une folk sud-africaine héritée des mineurs noirs

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Son allure sur scène n’éclipse pas tout à fait l’enfant des collines sud-africaines: le chanteur Bongeziwe Mabandla, en tournée pour son dernier album né en plein Covid, prolonge avec sa folk lumineuse la tradition du blues des mineurs noirs.

L’Afrique du Sud a une longue histoire de travailleurs migrants. Sous l’apartheid, des trains transportaient de la main d’œuvre noire entassée dans des wagons à bestiaux vers les mines d’or et de charbon. D’autres parcouraient à pied des dizaines de kilomètres pour travailler dans les champs de canne à sucre. Laissant derrière eux femme et enfants, ces forçats ont bâti au fil du temps une tradition de chansons racontant la solitude, le labeur et la rudesse du quotidien.

De là est né un courant musical, le Maskandi, reposant sur une voix seule et une guitare, surnommé le “blues zoulou”.

A travers les douze titres de son troisième album Iimini (Les jours), l’auteur-compositeur et interprète xhosa, une autre ethnie sud-africaine, raconte l’amour dans sa langue natale aux clics caractéristiques.

“Le xhosa est une langue lyrique, très expressive”, dit à l’AFP Bongeziwe Mabandla, dans un entretien avant un concert cette semaine à Johannesburg. Cette langue, il y tient comme “une forme de militantisme” culturel, une façon de “s’aimer soi-même”.

Si l’on ne comprend pas les paroles, le message de sa soul sud-africaine est universel: “Cet album raconte une relation amoureuse”.

La voix presque voilée sortie du corps musculeux de ce chanteur trentenaire fait ressentir la peine et les sentiments mêlés. Le titre phare “Zange”, qui veut dire jamais, décrit comment “on ressort changé d’une histoire d’amour”, explique l’artiste.

– “Humble” –

Né dans un petit village du Cap oriental, sur la côte sud-est du pays, Bongeziwe Mabandla est considéré comme l’un des jeunes visages du courant afro-folk local depuis son premier album Umlilo paru en 2012.

Au cours d'”une enfance heureuse et humble”, élevé par sa mère, il se met à la guitare. “Je n’aurais jamais pensé devenir un artiste”, avoue le jeune homme débarqué seul dans les années 2000 à Johannesburg, capitale de l’industrie musicale.

Nommé aux South African Music Awards en 2018, l’artiste s’est déjà produit sur des scènes à l’étranger et dans plusieurs festivals.

Ses influences vont des artistes américaines Tracy Chapman et Lauryn Hill, à la chanteuse zouloue Busi Mhlongo, une des premières à avoir modernisé la production musicale du style maskandi.

Pour son dernier album qui intègre des samples et des touches électro, Bongeziwe Mabandla a choisi le producteur mozambicain Tiago Correia-Paulo, ancien guitariste du groupe hip-hop sud-africain Tumi and the Volume qui a reçu une reconnaissance internationale avant de se séparer.

Résultat, des séquences rythmiques bien calées et des climax RnB qui soulèvent la salle.

Des “Yebo”, exclamation zouloue souvent utilisée en Afrique du Sud en signe d’approbation, fusent. Et quittant les fauteuils de velours de ce théâtre d’un quartier nord de la ville, le public danse et chante, dans une salle que le Covid a longtemps empêché de vibrer.

Source AFP