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Culture

Théâtre au Sénégal, un art en perpétuel mouvement

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Le théâtre au Sénégal a connu une poussée de croissance vertigineuse au lendemain des indépendances. Mais depuis, certains pensent qu’il est en léthargie. Mourant petit à petit de sa belle mort. D’autres ne sont pas de cet avis, et croient que la dramaturgie donne toujours ses répliques.

Comme tous les autres arts, le théâtre a connu moult rebondissements dans son histoire. Des rebondissements qui touchent tout le triptyque lié au mot théâtre, puisqu’il a trois définitions. Le théâtre est d’abord l’art de la représentation d’un drame ou d’une comédie ; un genre littéraire particulier, mais aussi l’édifice dans lequel se déroulent les spectacles de théâtre.

D’Aristophane à Georges Courteline, en passant par William Shakespeare, Goethe et Victor Hugo, nombreux ont les auteurs à avoir proposé un genre théâtral avec pour prétention une interprétation propre du monde, voire une création d’un autre monde. Et ce monde, c’est celui des acteurs qui donnent vie à la pièce. Ce qui fait dire à la comédienne Nathalie Vairac : « Il y a autant d’acteurs sur terre que de formes théâtrales ».

Les pays africains eux ont hérité du théâtre occidental, en y mélangeant des aspects déjà présents dans leurs sociétés. De ce fait, les rituels, la scénarisation grâce aux griots, se mélangent au théâtre occidental pour créer un genre particulier.

Acte 1, le lever de rideau d’avant indépendance

L’Acte 1 de l’histoire de la dramaturgie au Sénégal se joue ainsi aux temps de la colonisation. Assis dans son salon sis à Hamo 5, dans la banlieue de Guédiawaye, Mamadou Seyba Traoré raconte son expérience du théâtre. L’atmosphère prête d’ailleurs à penser que le metteur en scène rejaillit sur son environnement. L’éclairage naturel permet de bien voir la bibliothèque sur le pan droit. Il donne également sur les fauteuils, mis face à face tels deux acteurs d’une seule et même pièce.

« Si on s’attache à l’esprit européen, on peut dater notre théâtre de Ponty (École normale William-Ponty). Cette école formait les cadres de l’Afrique de l’ouest. Elle proposait à ses écoles « devoirs de vacance » qui consistaient à écrire des monographies sur leurs contrées, monter des petites pièces tirées de leurs histoires et qui étaient représentées devant les autorités coloniales (gouverneur, médecin du quartier…). » Explique Mamadou Seyba Traoré.
« Le théâtre, ce n’est pas réellement un art sophistiqué. C’est un art de l’immédiat. Face à face sans intermédiation. Il y a donc un contact direct entre le public et les acteurs. Il n’y avait également pas les artifices qui faisaient que la scène bénéficiait d’un éclairage différent de l’éclaire public. Il y avait donc une ambiance unique, tout le monde baignait là-dedans et les échanges étaient directs. Cela facilitait cette tendance africaine à s’identifier à ce qu’on regarde. Et n’oublions pas que dans nos sociétés il y avait ce personnage appelé griot qui était au centre de la foule et qui distribuait la parole. Il s’habillait d’une manière particulière, et parlait également d’une manière particulière. Il savait donner des effets à sa voix. Cela a facilité l’insertion du théâtre dans notre société » poursuit celui qui a créé la troupe Le Nouveau TOUCAN.

Acte 2, l’essor d’après indépendance

Dès son accession à l’indépendance, le Sénégal a mis la culture en avant. Il faut dire qu’avoir Léopold Sédar Senghor à sa tête a bien servi le Sénégal sur le plan culturel. Le Président poète a en effet fait du développement culturel son cheval de bataille. Le théâtre n’est ainsi pas resté l’enfant pauvre de la culture. C’est ainsi que Senghor inaugure le Théâtre national Daniel Sorano le 17 juillet 1965. Dès lors, l’art dramatique sénégalais pouvait se vanter d’un lieu d’expression propice à la création.

Et après, ce fut une floraison d’auteurs, d’acteurs, ou encore de metteurs en scène. On peut citer entre autres Douta Seck, Marouba Fall, THIERNO NDIAYE DOSS, Mamadou Seyba Traoré, Awa Sene Sarr, Pape Faye, Ibrahima Mbaye…

Les pièces de renom se rejouent d’ailleurs dans les mémoires de certains, voire même sous leurs paupières. On pense ainsi à Du Sang pour un trône de Cheikh Aliou Ndao, Le Procès de pilon d’Ousmane Goudian.

Mais pour Seyba Traoré, Sorano décelait en son sein quelques germes qui allaient faire parler. Certains se sont vite mis à taxer le théâtre d’élitiste.

Acte 3, un coup de mou, mais pas de baisser de rideau

Pourtant, de plus en plus de voix se lèvent pour dénoncer la léthargie du théâtre sénégalais. L’artiste Pape Faye est l’un d’eux. Selon lui, les auteurs manquaient.

« Il existe aujourd’hui un déficit d’écriture sur la dramaturgie sénégalaise. Et les seuls aujourd’hui à s’y mettre sont Aliou Badara Bèye, Marouba Fall… Dans les rayons aujourd’hui, c’est ce qui ressemble à du théâtre. »

Mais Seyba Traoré donne la réplique. Pour le metteur en scène, cette léthargie est tout ce qu’il y a de plus normal. Seyba Traoré pense ainsi que le théâtre subit les mêmes soubresauts que les autres arts, et qu’il va continuer à évoluer. « Je ne crois pas que le déclin du théâtre soit quelque chose de phénoménal. De toutes les formes artistiques, celle dont on annonce souvent la mort est la forme théâtrale. Dans tous les pays du monde. Je pense que le théâtre n’est pas un art qui se développe selon un schéma unique sur une ligne continue. Le théâtre se développe en dents de scie. Et sa force réside dans le fait qu’il est ancré dans la trame sociale. Elle subit ainsi les soubresauts de cette trame sociale. L’avancée technique, technologique, l’avancée politique, tout cela interfère avec le théâtre. Cela pousse donc les hommes de théâtre à s’interroger sur leur art. Ils sont par ailleurs freinés par une réalité issue du théâtre occidental : le bâtiment qui est figé alors que la société autour est en constante évolution. La dramaturgie se développe donc toujours plus vite que l’architecture. »


Boubacar Wane NDONGO