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Covid-19 : le variant Delta fait des ravages en Algérie et provoque une course à l’oxygène

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La propagation du variant Delta fait exploser les contaminations et provoque des pénuries de bonbonnes et de concentrateurs d’oxygène. Explications de JeuneAfrique.


« Mon amie de 28 ans a besoin en urgence d’une bouteille d’oxygène. La sienne ne peut tenir qu’une heure. Après, elle sera livrée à son destin comme le reste des patients de cet hôpital. » C’est sur les réseaux sociaux que Nadia a lancé son appel.

Je suis épuisée, à bout de forces, à bout de nerfs, raconte une chirurgienne en sanglots

Aussitôt, Nadia reçoit des dizaines de messages d’anonymes lui proposant des adresses et des contacts pour se procurer la précieuse bonbonne qui sauverait la vie de la jeune maman. Après une attente fébrile, un généreux anonyme lui en livre une de 50 litres qui avait servi à une patiente décédée des suites de sa contamination au Covid-19.

Chirurgienne-orthopédiste dans un hôpital de Kabylie, Feriel n’est pas près d’oublier cette funeste journée du 26 juillet. Alors qu’elle opère son patient d’une fracture au pied, elle le perd au bloc opératoire par manque d’oxygène. Toutes les réserves de l’hôpital ont été épuisées vers 11 heures du matin par les dizaines de malades du Covid-19 qui occupent presque tous les services de cet établissement hospitalier.

« Je suis épuisée, à bout de forces, à bout de nerfs, raconte Feriel en sanglots. J’ai perdu mon patient faute d’oxygène. Il avait 29 ans. Jamais je ne pensais vivre un jour des moments pareils dans ma carrière de chirurgienne. »

Le variant Delta fait des ravages en Algérie où la pandémie avait été jusque-là plutôt maîtrisée depuis son apparition en mars 2019. Pour faire face à sa propagation, le gouvernement a pris des mesures drastiques. Couvre-feu de 20 heures à 6 heures dans 35 des 58 wilayas, fermeture des salles de sport, maisons de jeunes, centres culturels, espaces récréatifs et plages, suspension des transports urbains publics et privés durant les week-ends sur l’ensemble du territoire et intensification de la vaccination.

Reda Djidjik estime à 30 000 le nombre de contaminations quotidiennes

Pour faire retomber la pression sur l’approvisionnement en oxygène, les autorités ont facilité l’importation des concentrateurs aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers.

Plus de 100 morts par jour

Le 28 juillet, le pays a enregistré un pic de contaminations avec 1927 cas et 49 décès en vingt-quatre heures, selon le ministère de la Santé. Des chiffres très en-deçà de la réalité, estiment les professionnels. Chef du service immunologie de l’hôpital de Béni Messous, sur les hauteurs d’Alger, Reda Djidjik estime à 30 000 le nombre de contaminations quotidiennes. Selon certains décomptes effectués dans les hôpitaux, le nombre de décès dépasse les 100 morts par jour.

Signe de la gravité de la situation, les pages Facebook des Algériens prennent des allures de rubrique nécrologique illustrée d’images de cimetières et de tombes creusées à la pelleteuse. Les médecins, qui montent de plus en plus au créneau pour les inciter à respecter les règles sanitaires et à se faire vacciner, redoutent une aggravation de la situation au cours du mois d’août. L’institut Pasteur prévoit que 90 % des variants en circulation seront celui du Delta dans les semaines à venir.

Lancer des appels de détresse pour dénicher une bouteille ou un concentrateur d’oxygène, se procurer des médicaments ou encore arracher une place dans un hôpital pour un parent atteint du Covid-19 constituent le quotidien des Algériens depuis deux semaines. La troisième vague de la pandémie qui frappe sévèrement le pays depuis le début du mois de juillet a presque mis en suspens les autres préoccupations de la vie quotidienne.

Les patients sont en manque d’oxygène, les hôpitaux des grandes villes, les cliniques et les dispensaires des petites localités sont souvent en rupture de stock alors que les dépôts de distribution du précieux produit sont pris d’assaut par des citoyens fébriles, affolés, tendus, à bout de patience. Les usines de production d’oxygène tournent à plein régime pour satisfaire les besoins croissants des particuliers et des établissements hospitaliers.

Escrocs et spéculateurs

Le marché de la production de ce précieux corps gazeux est détenu principalement par trois entreprises : Linde, Calgaz et Sidal (filiale d’Air Liquide), qui produisent 430 000 litres par jour d’oxygène liquide. Avant l’apparition du variant Delta, cette quantité suffisait à répondre aux besoins des hôpitaux et des particuliers. En mai dernier et dans le courant de ce mois de juillet, l’Algérie a même fait don de plusieurs camions d’oxygène à la Tunisie, alors en proie à une grave pénurie.

Des réseaux se sont spécialisés dans la revente des bouteilles et concentrateurs

La propagation du Delta, le non-respect des mesures sanitaires, un relâchement dans la vigilance et le faible taux de vaccination font grimper en flèche les contaminations et donc les besoins. « À l’époque de la première vague, l’oxygène était utilisé uniquement en réanimation, rappelle Nawel, médecin à Alger. Aujourd’hui, tous les malades en ont besoin. Ils arrivent à l’hôpital avec un taux de saturation déjà critique. D’où le manque. Les ruptures de stock provoquent parfois jusqu’à quinze morts par jour. »

De leur côté, escrocs, spéculateurs et marchands sans scrupules prospèrent sur la détresse des familles et des proches. Des réseaux et des petits groupes se sont ainsi spécialisés dans la revente des bouteilles et concentrateurs. Achetés ou loués quelques semaines plus tôt dans des dépôts, chez des fournisseurs ou auprès d’importateurs, ils sont revendus cinq à six fois le prix initial. Une bonbonne d’oxygène de 10 litres louée 30 000 dinars (188 euros) peut se revendre à plus de 150 000 dinars (942 euros).

Des dépôts clandestins ont été ouverts pour constituer des stocks et proposer les appareils à des prix exorbitants. Et sur internet, ils se vendent comme des petits pains.

Pour sauver un père, un grand-père ou une épouse, certains vendent voitures, meubles et bijoux de famille. « Une femme m’a proposé ses bijoux en échange d’un concentrateur, témoigne une bénévole. Elle était prête à tout pour sauver sa mère. Je vois de plus en plus de cas comme le sien. »

Demandes exponentielles

Amina Tarous, médecin bénévole auprès de malades atteints du cancer notamment, est confrontée chaque jour à cette détresse. Avant la pandémie, l’acquisition d’un concentrateur de 10 litres lui coûtait 100 000 dinars. « Des vendeurs les proposent jusqu’à 600 000 dinars, confie-t-elle. Même les importateurs ont profité de l’aubaine pour augmenter les prix. »

Prises de panique, certaines personnes n’en ayant pas besoin achètent des bonbonnes pour les stocker

Le directeur d’Aures Gaz, une entreprise basée dans la banlieue d’Alger sollicitée désormais jour et nuit, témoigne avoir loué 140 concentrateurs à 3 000 dinars l’unité en moins de quatre jours. Beaucoup de ses clients éteignent ensuite leur portable et disparaissent dans la nature. Ensuite, il découvre ses produits en vente sur internet à 360 000 dinars l’unité. Une plainte est alors déposée auprès de la gendarmerie nationale. Prises de panique, certaines personnes n’en ayant pas besoin en achètent deux ou trois pour les stocker à la maison en prévision d’une éventuelle contamination.

Pour faire face aux demandes exponentielles, les autorités ont récemment réceptionné 1­050 concentrateurs acquis auprès de la Chine. Des milliers d’autres devraient arriver dans les semaines à venir. Et afin de désengorger les hôpitaux d’Alger qui n’arrivent plus à faire face aux flux de malades, un hôpital avec concentrateur a été installé le 27 juillet à l’hôtel Mazafran, sur le littoral ouest de la capitale.

Les médecins redoutent un pic de la pandémie vers la mi-août. « Nous n’en sommes pas encore au stade où il faut choisir quel malade doit recevoir de l’oxygène en priorité, raconte Nawel. Mais aujourd’hui, il m’arrive de ventiler un malade de mes deux mains parce qu’il n’y pas plus de bouteilles à l’hôpital… »

Source www.jeuneafrique.com

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