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Santé

Covid-19 : le temps de la propagation des «remèdes»

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Chloroquine, apivirine et maintenant artémisia. Dans le cadre de la riposte contre le Covid-19, certains pays tentent tant bien que mal de promouvoir un remède . Ceci, parfois même en dépit des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Je vais être le premier à boire ça aujourd’hui, devant vous, pour vous montrer que ce produit guéri et ne tue point ». Lundi 20 Avril 2020, devant une assemblée de ministres, diplomates et journalistes,  Andry Rajoelina, le président du Madagascar lance officiellement l’artémisia, sa solution buvable . Le Madagascar a en réalité développé deux remèdes contre le Covid-19 : une décoction et une tisane réalisée à base de la fameuse artémisia. Les ingrédients des deux médicaments n’ont pas été divulgués. Seule l’artémisia, plante d’origine chinoise introduite en 1995 à Madagascar, est révélée.


Selon le président malgache, l’artémisia est capable de prévenir et guérir les patients malades du nouveau coronavirus. En effet, l’artémisia est un groupe de plantes regroupant des herbacées, arbrisseaux, généralement aromatiques. L’ artémisia unna, est le type d’artémisia dont il est question ici. C’est une espèce de plantes d’Eurasie et d’Afrique du Nord anciennement introduite et naturalisée dans les régions tempérée d’Amérique, et  depuis 1991 en Afrique sub-saharienne et en Amérique latine généralement utilisées en médecine traditionnelle chinoise pour lutter contre les fièvres. L’artémisia annua contient plusieurs substances actives dont l’artémisinine , efficaces pour lutter contre le paludisme, en complément avec d’autres médicaments.

Andry Rajoelina, président du Madagascar
© Jeune Afrique

Toutefois, Charles Andrianjara, directeur général de l’Institut malgache de recherche appliquée (IMRA) qui a conçu le breuvage baptisé « Covid-Organics » se montre plus mesuré. « Si on regarde le profil chimique de l’artémisia, on voit bien qu’il y a des molécules connues qui stimulent le système immunitaire, explique. Donc dans un premier temps, on va dire que c’est pour la prévention. On a fait des tests, deux personnes sont maintenant guéries par ce traitement » explique-t-il.

D’une part, l’efficacité spécifique du « Covid-Organics » contre le Covid-19 n’a fait pour l’heure l’objet d’aucune étude scientifique publiée. D’autre part, même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dit soutenir les efforts internationaux pour trouver un remède le plus rapidement possible et reconnaît que certains médicaments et remèdes traditionnels pouvaient « atténuer les symptômes »  du coronavirus, elle a rappelé qu’il n’existait pour l’heure « aucune preuve » que ces derniers peuvent « prévenir ou guérir la maladie ».


A gauche, Valentin Agon / A droite, l’apirivine
© Financial Afrik

L’ Apivirine « béninois »

Quelques semaines auparavant, pendant que la polémique sur la chloroquine du professeur Didier Raoult battait son plein, apparaissait l’aviripine. Inventé au début des années 2000 par le chercheur béninois Valentin Agon, c’est un anti-rétroviral contre le VIH, breveté dans plusieurs pays en l’Europe et en Afrique du Sud.

En effet, des médecins burkinabés auraient eu l’idée de le tester sur un malade du Covid-19. Le malade, sous traitement d’apivirine (avec 3 gélules ×4) par jour dès le lendemain a obtenu une amélioration. L’ apivirine se retrouve dans la foulée, promu par le chercheur béninois. Onze personnes malades provenant de la famille du patient ont été également traitées avec le médicament. « Après 5 jours de traitements, elles sont bien portantes. Il y en a qui sont devenues négatifs au test Covid-19 », défend Valentin Agon. Une petite polémique sur l’efficacité du médicament va s’en suivre.

Plébiscité dans un premier temps par les autorités, le gouvernement burkinabé prendra plus tard ses distances avec l’apivirine. Tout d’abord, le 26 mars , un communiqué de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation (MESRSI) du Burkina Faso annonce des essais cliniques dont l’un visant à « évaluer l’efficacité clinique et virologique d’un médicament à base de plante (phytomédicament) appelé Apivirine chez les patients atteints de Covid-19 ».

Ensuite, dans un communiqué datant du 2 avril, l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ARNP) invite les populations à « s’abstenir de tout achat et de toute consommation du produit Apivirine (…) qui constitue potentiellement une menace pour leur santé en raison du fait que le médicament n’ayant jamais été évalué pour aucune des indications thérapeutiques revendiquées ». Le lendemain 3 Avril, le ministre burkinabé de la Santé, son collègue de la communication et le coordonnateur de la cellule de riposte au Covid-19 affirment en substance que les tests effectués sur la molécule ne sont pas encore disponibles, car par encore achevés.

Par ailleurs, une information reprise par plusieurs médias locaux affirmait que « plusieurs ministres burkinabés testés positifs au (SARS-CoV-2), ont été traités avec le produit Apivirine du béninois Valentin Agon ». Le professeur Magloire Somé, conseiller spécial du Premier Ministre du Burkina Faso, a démenti cette allégation dans un droit de réponse publié sur son compte Facebook.

Invité le 19 Avril sur Radio France Internationale (RFI) dans l’émission « Le débat africain », Valentin Agon a réaffirmé avec opiniâtreté l’efficacité de son médicament. « Je voudrais lancer un défi à tous les pays africains. Je voudrais donner 10 boîtes d’Apivirine dès demain à tous les Etats Africains, pour y soumettre 10 malades. On verra le résultat une semaine après. Quand les preuves parlent, la bouche se tait », a-t-il martelé.

Journaliste.

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